Passage à la 3e génération

Selon les données scientifiques1, les investisseurs doivent tenir compte des changements climatiques afin de positionner leurs portefeuilles pour l’avenir. Bien que l’exclusion des plus grands émetteurs de carbone constitue un pas dans la bonne direction, elle ne résout pas le problème. Les investisseurs doivent également évaluer la capacité et l’engagement des entreprises à effectuer une transition vers une économie sobre en carbone. Nous voici maintenant parvenus à la troisième génération d’indices climatiques, une approche qui permet de se positionner en vue de la transition vers une économie sobre en carbone, non seulement en pénalisant les retardataires actuels (c’est-à-dire les entreprises présentant des risques élevés en matière d’émissions de carbone), mais aussi en récompensant les gagnants de demain (c’est-à-dire les entreprises qui génèrent des revenus « verts ») et les nombreuses entreprises qui se trouvent entre ces deux catégories (à savoir, celles qui affichent le potentiel nécessaire pour effectuer la transition).

 

Alors que les fournisseurs de solutions continuent de trouver des moyens innovants pour répondre aux changements climatiques, nous examinons les indices climatiques publiés ces dernières années, les nouveaux règlements qui appuient cette troisième génération et la direction qu’ils pourraient désormais prendre.

 

L’évolution des indices climatiques

 

Les indices de première génération sont principalement axés sur la gestion des risques climatiques. Ce sont des indices composés d’actions et de titres à revenu fixe qui regroupent des entreprises affichant une empreinte carbone plus faible par rapport à l’indice de référence. Ces indices réduisent les placements dans les entreprises ayant une empreinte carbone élevée et augmentent la pondération allouée dans le portefeuille aux entreprises qui ont une empreinte carbone plus faible par rapport aux autres sociétés de leur secteur.

 

Les indices de deuxième génération sont allés plus loin afin de tirer profit des possibilités associées à la lutte aux changements climatiques en récompensant les entreprises générant des revenus verts. Il est devenu beaucoup plus facile d’atteindre cet objectif, avec environ 6 % du marché mondial des actions cotées en bourse provenant de l’économie verte en 2018, ce qui représente des possibilités de près de 4 000 milliards de dollars2. Compte tenu de la trajectoire actuelle, les revenus verts pourraient représenter 7 % de la capitalisation boursière mondiale d’ici 2030, et potentiellement jusqu’à 10 %, si les investissements verts devaient s’accélérer pour atteindre environ 90 000 milliards de dollars, ce qui est le montant que l’on estime nécessaire pour lutter contre le changement climatique, selon la commission La Nouvelle Économie Climatique.3

Figure 1 – Croissance de l’économie verte – pourcentage de la capitalisation boursière

 

Source: FTSE Russell Investing in the Green Economy: Busting Common Myths, 2018

La troisième génération d’indices climatiques identifie les entreprises qui sont en transition vers une économie sobre en carbone (c’est-à-dire celles qui ont entamé leur démarche). Grâce à des mesures qualitatives et quantitatives, ces indices boursiers visent à tirer profit des engagements pris par les entreprises pour s’aligner davantage sur une économie sobre en carbone en ayant recours à des politiques, à des stratégies d’entreprise et au déploiement de solutions. Pour tirer avantage de cette transition, l’indice délaisse les entreprises affichant un mauvais bilan environnemental (celles qui n’ont pas de plan d’action pour le climat) et se tourne vers les entreprises de chaque secteur qui offrent des possibilités ou jouent un rôle de chef de file en matière de lutte contre les changements climatiques.

 

Figure 2 – L’évolution des indices climatiques

Source : FTSE Russell

Positionnement pour la transition climatique

Les indices de transition climatique de troisième génération constituent une innovation puissante qui met l’accent sur l’avenir, en s’alignant sur les engagements pris par les entreprises en faveur d’une économie sobre en carbone ou, idéalement, à « zéro émission nette ». Cette approche se fonde sur le fait que tous les grands secteurs ont un rôle à jouer dans la transition, y compris les entreprises du secteur des combustibles fossiles, et que se limiter à exclure complètement une petite cohorte d’entreprises ne constitue pas une solution optimale. Ces indices ciblent, dans chaque secteur, les entreprises auxquelles sont associés les plus hauts taux d’émissions. Cela est logique étant donné que la majorité des émissions de carbone dans le monde proviennent d’un nombre relativement peu élevé d’entreprises. Ces entreprises détiennent la clé d’une transition réussie vers une économie sobre en carbone et, à ce titre, une action ciblée peut avoir un effet considérable. À titre d’exemple, l’initiative Climate Action 100+ ne vise que 161 entreprises, mais celles-ci représentent au total plus de 8 100 milliards de dollars en capitalisation boursière et sont responsables de 80 % des émissions industrielles mondiales4.

 

En outre, les investisseurs institutionnels engagés ont de plus en plus d’influence lorsqu’il s’agit d’encourager les entreprises à orienter leurs stratégies commerciales en fonction d’une économie sobre en carbone. Ainsi, nous avons été en mesure de constater cette augmentation de l’implication des investisseurs sous la forme de résolutions d’actionnaires qui vont des demandes de divulgation jusqu’aux demandes de développement de stratégies climatiques pour s’aligner sur une économie sobre en carbone5. Plusieurs exemples de réussite mettent en évidence les avantages de cet engagement, et des analyses soulignent le « potentiel des résolutions [d’actionnaires] à transformer les paroles en actions »6. À titre d’exemple, grâce à un effort de collaboration dans le cadre de l’initiative Climate Action 100+, les investisseurs ont obtenu des engagements de réduction des émissions de plusieurs entreprises, dont Royal Dutch Shell, Glencore, Xcel Energy, Maersk, BHP Billiton, Daimler, Duke Energy, Heidelberg Cement, Nestlé et Volkswagen7.

 

Les fournisseurs d’indices ont été actifs dans le développement et le lancement d’indices de transition climatique, soit en utilisant leurs propres données ESG, soit en travaillant avec des fournisseurs de données ESG externes (ou les deux), de sorte que l’ensemble des possibilités s’accroît, tant au plan des actions que des titres à revenu fixe. Nous avons assisté au lancement de plusieurs nouveaux indices de transition climatique au cours de l’année dernière, mais les gestionnaires d’actifs tardent à les mettre en œuvre. Les gestionnaires d’actifs qui développent des indices composés d’actions et de titres à revenu fixe en utilisant leur propre capital intellectuel (c’est-à-dire, qui développent leurs propres indices) constituent une autre option.

 

Parmi les principaux facteurs de différenciation des indices proposés, notons l’accent qui est mis sur l’actionnariat actif en matière de changements climatiques et la connaissance des enjeux auxquels il faut s’attaquer. Selon nous, il est important que le lien entre les engagements (qu’ils soient ou non couronnés de succès) et les changements apportés aux cotes des entreprises soit transparent. Peu d’indices offrent actuellement un tel niveau de transparence8.

 

Nous avons généralement constaté que les gestionnaires d’actifs qui développent leurs propres indices font preuve d’une plus grande transparence. Ils ont tendance à mieux s’aligner sur des philosophies d’investissement durable et démontrent habituellement une gérance plus forte, car les liens avec les politiques de vote, les programmes d’engagement et les changements apportés aux cotes des entreprises sont plus clairs. La mesure dans laquelle ce niveau de transparence de la gérance s’applique aux indices de titres à revenu fixe axés sur les changements climatiques est un des aspects sur lesquels porte notre recherche en cours.

Rôle de l’organisme de réglementation

Nous avons constaté certaines divergences réglementaires à travers le monde, mais c’est l’Union européenne qui est à l’origine de l’une des initiatives les plus importantes en matière de financement durable. L’organisme européen de réglementation a introduit des normes minimales pour aider les fournisseurs d’indices qui conçoivent de nouveaux indices de référence liés au climat. Ces indices de référence climatiques de troisième génération comportent les objectifs suivants :

 

  • améliorer la transparence et la comparabilité;
  • réaffecter les capitaux vers des investissements respectueux de l’environnement;
  • empêcher les administrateurs de revendiquer de manière trompeuse de faibles émissions de carbone (« écoblanchiment »).

Il existe deux « catégories » pour les différents indices de référence climatiques – les « indices de référence sur la transition climatique » et les « indices de référence alignés sur l’Accord de Paris ». Ces catégories ont pour but d’assurer un certain degré de cohérence entre les variations des indices climatiques. La figure 3 compare le cadre européen aux indices climatiques et indices de rendement à faible production de carbone existants.

Figure 3 – Comparaison du cadre européen avec les indices climatiques et indices de rendement à faible production de carbone existants

Sources : Mercer (en fonction des évaluations des indices); rapport définitif de l’UE sur les critères de référence en matière de climat et les informations à fournir sur les risques ESG (en anglais seulement), groupe d’experts de la Commission européenne sur la finance durable, septembre 2019.

Quelle orientation faut-il maintenant prendre?

Les fournisseurs d’indices et les gestionnaires d’actifs sont engagés dans une course pour mettre au point des indices de transition climatique, et beaucoup d’entre eux s’alignent sur les nouveaux règlements de l’Union européenne.

 

Au fil des ans, nous avons travaillé avec plusieurs clients, grands et petits, pour mettre en œuvre leurs stratégies climatiques actives et passives en adoptant une approche d’investissement axée sur les entreprises sobres en carbone. Nous recommandons aux investisseurs de mettre en œuvre une stratégie climatique appliquée à l’ensemble de leur portefeuille. Plus précisément, les investisseurs qui souhaitent se positionner pour une transition vers une économie plus sobre en carbone devraient avoir trois objectifs :

 

  1. Gérer les risques « gris » en réduisant l’exposition aux entreprises produisant de fortes émissions. L’atteinte de cet objectif peut être déterminée en procédant à une analyse de l’empreinte carbone du portefeuille.
  2. Cibler les solutions vertes, en particulier en investissant dans les entreprises qui génèrent des revenus verts.
  3. Entreprendre une collaboration explicitement axée sur la lutte contre les changements climatiques avec des entreprises générant un taux élevé d’émissions de carbone et qui ont entamé leur transition climatique. Il s’agit d’encourager ces entreprises à s’engager à réduire leurs émissions en procédant aux changements opérationnels stratégiques appropriés.

Mercer a développé une « échelle de classement des risques de transition » afin d’évaluer les risques et les possibilités liés à la transition climatique pour l’ensemble d’un portefeuille, avec l’objectif d’identifier les entreprises qui sont grises, vertes ou intermédiaires. Le schéma ci-dessous montre le lien avec l’évolution des trois générations d’indices climatiques.

Figure 4 – Mise à profit de la transition climatique

Source : Mercer

Cette nouvelle troisième génération d’indices de transition climatique pourrait, pour la première fois, offrir aux détenteurs d’actifs utilisant un cadre indiciel un moyen d’atteindre ces trois objectifs.

 

Notes de bas de page

1 Pour plus de détails au sujet du consensus scientifique sur les répercussions des changements climatiques, veuillez consulter le rapport de Mercer intitulé Investir en période de changements climatiques : la suite (2019).

2 FTSE Russell, Investing in the Global Green Economy, 2018 (en anglais) 

3 La Nouvelle Économie Climatique, 2018 Report of the Global Commission on the Economy and Climate (Rapport de 2018 de la Commission mondiale sur l’économie et le climat), 2018 – en anglais)

4 Initiative Climate Action 100+, 2019 Progress Report (Rapport de 2019 sur l’état des travaux – en anglais)

5 ICCR 2020 Proxy Resolutions and voting guide (Guide 2020 sur les résolutions et le vote par procuration de l’ICCR – en anglais)

6 Passing the Baton: Climate Related Shareholder Resolutions and their Contribution to Investor Climate Pledges, document de travail, décembre 2019 (en anglais)

7 Initiative Climate Action 100+, 2019 Progress Report (Rapport de 2019 sur l’état des travaux – en anglais)

8 Pour plus de détails, veuillez consulter notre document « Guide sur les indices d’investissement responsable » publié en avril 2019. https://www.mercer.ca/content/dam/mercer/attachments/north-america/canada/ca-2019-guide-sur-les-indices-d-investissement-responsable.pdf

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