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Des placements à revenu fixe sans frontières

Par Paul Kirby

En règle générale, les investisseurs institutionnels au Canada pensent localement pour élaborer leurs portefeuilles à revenu fixe. Or, s’ils assouplissaient leur approche et investissaient au-delà des frontières, ils auraient plus d’occasions d’améliorer les rendements.

Les investisseurs institutionnels canadiens diversifient continuellement la composante de titres de croissance de leurs portefeuilles en investissant davantage dans des actions étrangères et des placements non traditionnels. Toutefois, ils continuent de gérer la composante à revenu fixe de façon plutôt conservatrice. L’approche conservatrice que certains d’entre eux adoptent est fondée sur leur volonté d’apparier les actifs et les passifs des portefeuilles. D’autres investisseurs institutionnels optent pour une composante à revenu fixe fortement pondérée en obligations du gouvernement canadien qui, dans bien des cas, reproduit l’Indice obligataire universel FTSE TMX Canada. Depuis environ dix ans, cette approche fonctionne bien si on la compare aux indices de référence des marchés mondiaux comme l’indice général des obligations mondiales Barclays. Mais est-ce que cette approche est encore celle que les investisseurs institutionnels qui privilégient les obligations canadiennes devraient adopter?

Depuis quelque temps, les investisseurs institutionnels cherchent à investir de façon opportuniste ou stratégique dans des titres à revenu fixe à l’extérieur des indices de référence pour améliorer leur profil risque-rendement. Les obligations américaines, les dettes souveraines mondiales, les obligations à rendement élevé et les titres de créance de marchés émergents sont les placements à revenu fixe mondiaux que les investisseurs institutionnels canadiens commencent à intégrer dans l’ensemble de leurs portefeuilles. Cette diversification des placements peut être un élément important de la stratégie de placement, surtout de nos jours où, en raison du contexte de politiques monétaires mondiales divergentes, le Canada pourrait être prêt à emboîter le pas aux États-Unis dans un cycle de hausse de taux, alors que l’Europe et le Japon adoptent encore des mesures d’assouplissement. Toutefois, la diversification s’exerce généralement dans un cadre restreint où seule une partie du portefeuille à revenu fixe est investie dans ce type de placements.

Il est avantageux d’accroître la souplesse des placements à revenu fixe pour avoir une approche mondiale globale.

Taux d’intérêt

Tant au Canada qu’aux États-Unis, les taux d’intérêt demeurent à des creux inégalés. La Banque du Canada et la Réserve fédérale des États-Unis pratiquent une politique monétaire accommodante depuis quelque temps déjà. Lorsqu’un resserrement se précisera et que les taux directeurs commenceront à grimper, les titres à revenu fixe aux États-Unis et au Canada en souffriront. Une participation dans les marchés à revenu fixe internationaux pourrait être bénéfique pour les portefeuilles, surtout si les perspectives du marché obligataire national sont faibles. Ainsi, les investisseurs institutionnels qui ont la souplesse nécessaire pour investir à l’extérieur de leurs marchés peuvent, dans une certaine mesure, se protéger du risque d’une hausse des taux chez eux.

Toutefois, en raison de la faiblesse de l’inflation et de la croissance économique, les taux des obligations d’État n’ont cessé de reculer et se situent maintenant à des creux historiques. En effet, au début de l’année, le taux de rendement des obligations du gouvernement du Canada à long terme (10 ans) a glissé à un creux sans précédent de 1,2 %. Les taux se sont quelque peu redressés depuis, mais demeurent inférieurs à ce qui est considéré comme « normal ».

En effet, au début de l’année, le taux de rendement des obligations du gouvernement du Canada à long terme (10 ans) a glissé à un creux sans précédent de 1,2 %. Les taux se sont quelque peu redressés depuis, mais demeurent inférieurs à ce qui est considéré comme « normal ».

 

 

Les portefeuilles d’obligations mondiales offrent diversification et protection en cas de faiblesse ou de hausse potentielle des taux d’intérêt au pays. Plusieurs marchés mondiaux des dettes souveraines et des titres de créance de sociétés de catégorie investissement, par exemple, ont pris beaucoup d’expansion et constituent une occasion de placement de haute qualité que l’on ne retrouve pas dans les approches axées sur le marché national. La possibilité de faire les placements selon la valeur relative et(ou) les perspectives du marché constitue un outil de gestion active additionnel pour les gestionnaires d’obligations, tout comme la décision d’opter ou non pour une couverture du change.

Ce qui nous amène à aborder un aspect de la stratégie de placement dans des obligations mondiales, soit le « placement à revenu fixe sans contrainte ».

Placement à revenu fixe sans contrainte

Pour comprendre ce qu’est un placement à revenu fixe sans contrainte, nous devons nous pencher sur la stratégie de placement actuelle. La plupart des investisseurs institutionnels reproduisent des indices de référence comme l’Indice obligataire universel FTSE TMX Canada. Ils ont des directives de placement assorties de mesures de contrôle des risques qui les obligent à ne pas trop s’écarter de l’indice. Par exemple, ils peuvent modifier la duration du portefeuille de plus ou moins un an, ou encore investir plus ou moins 25 % dans certains secteurs. Dans un cas comme dans l’autre, les directives peuvent être suffisamment restrictives pour les empêcher de beaucoup s’éloigner d’une forte pondération des titres nationaux ou de la composition de l’indice de référence.

Les stratégies sans contrainte sont tout simplement des stratégies qui permettent aux investisseurs institutionnels de gérer les portefeuilles sans être soumis aux restrictions traditionnellement liées à un indice. Ces stratégies leur donnent la souplesse nécessaire pour investir dans des titres à revenu fixe d’une variété de secteurs, de régions et de monnaies. Comme ces stratégies offrent un large éventail d’occasions sans qu’il soit nécessaire de s’astreindre aux indices de référence traditionnels, elles procurent aux gestionnaires compétents plus de latitude pour produire des rendements optimaux corrigés en fonction du risque dans différentes conjonctures économiques (hausse de taux, élargissement des écarts de taux et forte volatilité des changes).

Plusieurs facteurs expliquent l’intérêt des investisseurs pour les stratégies sans contrainte, mais leur récente prolifération et leur succès sont essentiellement attribuables à la conjoncture des taux d’intérêt. Le recul des taux d’intérêt que les pays développés (dont le Canada) connaissent depuis plusieurs décennies et qui a fortement contribué aux rendements totaux des titres à revenu fixe au fil des ans, semble tirer à sa fin. Du coup, les répercussions d’une hausse des taux constituent un important facteur de risque pour les portefeuilles à revenu fixe. La duration de l’indice courant des obligations canadiennes, soit l’Indice obligataire universel FTSE TMX Canada, est maintenant de plus de sept ans, ce qui entraîne un rendement négatif des cours d’environ 7 % pour chaque augmentation de 1 % des taux d’intérêt.

Comme les gestionnaires de placements obligataires sans contrainte peuvent maintenir une faible duration (voire même une duration négative) pendant un cycle de hausse des taux d’intérêt sans craindre d’accroître l’erreur de réplication de l’indice de référence, ils peuvent atténuer l’incidence de la volatilité des taux d’intérêt sur le rendement du portefeuille.

Modification de la duration

L’approche de placement sans contrainte fonctionne de diverses façons. L’exemple présenté plus haut ne porte que sur la modification de la duration au sein d’un portefeuille composé de titres à revenu fixe nationaux. Les approches sans contrainte visent également à élargir l’éventail d’occasions et à permettre aux gestionnaires d’investir dans différents segments du marché obligataire où le rapport risque-rendement est plus intéressant dans une conjoncture donnée. En fait, s’ils n’ont pas à se plier aux contraintes liées à un indice de référence traditionnel, les gestionnaires peuvent chercher à éviter les facteurs de risque qui leur semblent inintéressants et privilégier plutôt les stratégies et les secteurs qu’ils jugent plus prometteurs.

La possibilité de gérer un portefeuille de manière tactique et stratégique peut être un puissant outil. Plusieurs gestionnaires d’obligations du marché canadien utilisent déjà cet outil de rotation sectorielle comme source de revenus excédentaires, mais dans le contexte restreint d’un portefeuille essentiellement composé d’obligations canadiennes. Le gestionnaire de placements traditionnels est lié par une décision d’investir dans des obligations d’État ou de sociétés ainsi que par d’autres décisions sous-sectorielles au sein de ces principales catégories. Le gestionnaire de titres canadiens de base Plus augmente progressivement ses occasions en affectant une petite portion de son capital à des secteurs ne faisant pas partie de l’indice de référence. Mais les deux méthodes sont liées à un indice de référence national et ne permettent pas de profiter de rendements possiblement plus intéressants ailleurs sur le marché obligataire.

Dans l’ensemble, l’élargissement des occasions de placement grâce à une réduction des contraintes des placements traditionnels donne aux gestionnaires la souplesse nécessaire pour rechercher des placements aux rendements potentiellement plus intéressants dans différents marchés.

Les investisseurs institutionnels qui s’interrogent sur les contraintes de placement de leur propre portefeuille et sur les mesures à prendre si les taux d’intérêt augmentent au Canada devraient moins s’arrêter aux risques et s’intéresser davantage aux occasions. Ils doivent également comprendre les diverses possibilités dans ce créneau. Différents moyens existent pour constituer un portefeuille de titres mondiaux à revenu fixe sans contrainte, mais les stratégies ne sont pas toutes les mêmes et ne s’appliquent pas uniformément à tous les portefeuilles.

Difficultés actuelles du marché

Bien que nous soyons d’accord avec plusieurs observateurs qui croient que les stratégies sans contrainte constituent une meilleure solution aux éventuelles difficultés du marché (hausse des taux d’intérêt) et permettent aux gestionnaires de portefeuille d’exprimer leurs points de vue, nous pensons que les placements à revenu fixe doivent reposer sur des bases concrètes. Les titres à revenu fixe jouent plusieurs rôles stratégiques dans les portefeuilles des clients (couverture du passif, revenu, liquidité et autres). Pour certains investisseurs, la caractéristique la plus importante des placements à revenu fixe est leur propriété d’appariement des actifs et des passifs ou leur capacité de diversifier les rendements d’autres actifs risqués courants (actions, titres immobiliers et placements non traditionnels), surtout en période de pressions sur les marchés. Pour ces investisseurs, les placements traditionnels dans des titres à revenu fixe canadiens peuvent encore être une bonne solution.

Cependant, les investisseurs dont le budget risque est plus élevé ou qui sont très inquiets des répercussions d’éventuelles hausses des taux d’intérêt devraient s’intéresser davantage aux stratégies d’obligations sans contrainte.

Le présent article a initialement été publié dans le numéro de septembre 2015 du magazine Benefits and Pension Monitor.

À propos de l'auteur

Paul Kirby est conseiller principal et conseiller principal en recherche chez Mercer.

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